Financiarisation, nouvelles offres, partenaires : comment la réglementation aide les cabinets à garder la maîtrise ?
ADans le cadre de la préparation du 81ᵉ Congrès, nous avons recueilli les regards croisés des deux rapporteurs en charge da thématique « [Ré]approprions-nous notre réglementation » : Pierrick Chauvin et Elvire Sekloka. À travers leurs témoignages, une conviction se dégage :
dans un environnement en profonde mutation, la réglementation ne doit plus être perçue uniquement comme un ensemble d’obligations à respecter, mais comme un véritable facteur de sécurisation du développement des cabinets.
Financiarisation des cabinets, nouveaux modèles économiques, développement de missions connexes, partenariats avec des plateformes ou des éditeurs, sous-traitance, valorisation du cabinet : les mutations auxquelles la profession est confrontée dépassent largement le cadre technique. Ils touchent à la stratégie, à la gouvernance et à la capacité à conserver la maîtrise de son développement.
C’est tout l’objet de cette thématique : il ne s’agit pas de défendre une réglementation figée, mais de montrer en quoi elle constitue un repère dans un environnement de plus en plus complexe. Comme le rappelle Pierrick Chauvin, "
la réglementation, ce n’est pas que la prérogative d’exercice. Elle englobe aussi la qualité, la déontologie, la formation et les méthodes de travail”. Autrement dit, elle participe directement à la valeur de la profession.
“La Réglementation nous protège. Elle est notre valeur ajoutée” Elvire Sekloka
La profession est aujourd’hui “ébranlée” par les transformations de son environnement. La financiarisation est, par exemple, l’un des sujets les plus débattus. L’arrivée de fonds d’investissement dans le secteur soulève des questions sur la valorisation des cabinets, leur gouvernance et la préservation de leur indépendance. Mais ce phénomène n’est qu’une illustration parmi d’autres des mutations en cours.
Développer de nouvelles offres, explorer de nouveaux relais de croissance et repenser son organisation... Chaque évolution ouvre des opportunités, mais soulève aussi des interrogations : qui porte la responsabilité ? Comment préserver la relation client ? Quels risques de dépendance vis-à-vis d’un partenaire ou d’un outil ?
Pour Pierrick Chauvin, l’enjeu du congrès est d’abord de regarder ces réalités sans tabou. « Je veux qu’on mette tout sur la table, parce que les confrères se posent beaucoup de questions », Et tous les cabinets sont concernés même s'ils ne sont pas tous confrontés aux mêmes problématiques. Si l’on crée sa structure, si son cabinet est en phase de croissance ou si l’on prépare une transmission, les préoccupations sont différentes. En revanche, l’ensemble de la profession a besoin de repères pour prendre des décisions avec lucidité.
“La réglementation est moderne, il faut se la réapproprier pour en comprendre tout son potentiel”_ Pierrick Chauvin
Le message porté par les rapporteurs est clair : la réglementation ne doit pas être vécue uniquement comme une contrainte. Elle peut devenir un cadre qui sécurise le développement de votre cabinet. Elvire Sekloka rappelle que “
la réglementation ancre la profession sur des bases solides sur lesquels on doit pouvoir s'appuyer, s'aider pour passer d'une rive à l'autre”.
Développer de nouvelles missions, structurer ses ressources, travailler avec des partenaires, négocier des contrats ou valoriser son cabinet sont autant de décisions qui gagnent à être prises dans un cadre clair. La réglementation aide à identifier les risques, à clarifier les responsabilités et à préserver la confiance qui constitue le socle de la profession. Là où d’autres acteurs du marché ne sont pas soumis aux mêmes exigences, elle constitue un facteur de différenciation et de crédibilité auprès des clients.
Il devient nécessaire de changer de regard. La question n’est plus de savoir comment avancer malgré la réglementation, mais comment s'appuyer sur elle pour avancer plus solidement.
Cette réflexion implique également une certaine vigilance. Les évolutions actuelles peuvent être porteuses d’opportunités, mais elles doivent être analysées avec recul. “
Observer ce qui s’est produit dans d’autres professions réglementées, comprendre les effets d’une déréglementation ou d’une financiarisation mal maîtrisée permet d’éclairer les choix à venir” pour Elvire Sekloka. “
L’objectif n’est pas de freiner les transformations, mais de les accompagner de manière éclairée".
Clarifier les risques, sécuriser les choix
A travers le programme des ateliers proposés autour de cette thématique « [Ré]approprions-nous notre réglementation », l'ambition des rapporteurs n’est pas de rappeler des règles théoriques, mais d'apporter des réponses concrètes pour aider à prendre des décisions dans un environnement en mutation.
Au-delà des aspects réglementaires, ces échanges permettront surtout de prendre du recul sur les transformations qui traversent la profession. Comment développer son cabinet sans perdre son indépendance ? Comment saisir de nouvelles opportunités tout en protégeant sa responsabilité ? Comment préserver la confiance de ses clients dans un environnement de plus en plus complexe ? Autant de questions auxquelles les ateliers apporteront des éléments de réponse.
Derrière les débats sur la réglementation se cache en réalité une question centrale : celle de la maîtrise. Maîtrise de son développement, de son organisation, de ses partenariats, de la valeur de son cabinet et de ses responsabilités. "
Dans un monde flou, complexe et en perpétuelle mutation, tout notre écosystème a besoin de repères et notre réglementation doit être l'un des repères pour assurer la stabilité, la sécurité et la transparence financière. Il est donc indispensable de la préserver." _ Pierrick Chauvin
La réglementation n’est pas seulement un héritage à préserver ; elle peut aussi être un levier pour construire l’avenir de la profession et conduire sa transformation avec lucidité. C’est cette conviction que les rapporteurs partageront lors du prochain congrès.